Jean-Marie Séïté aime brouiller les cartes

Catégorie: Environnement, Institutions, Portraits, Secteur public, Utilisateurs

WEB-166-portrait-Seite2Architecte, urbaniste, professeur au CNAM, vice-président du parc naturel de Corse, maire de Galeria, vice-président de la communauté de communes de Calvie-Balagne… Jean-Marie Séïté, le nouveau président de l’Afigéo, a un CV impressionnant. Ajoutez à cela patron pêcheur, motard et s’esquisse l’image d’un Corse qui prend un malin plaisir à brouiller les cartes, mais qui entend bien les mettre au service de tous.

Chez les Séïté, le public, c’est une culture qui remontre à loin ! Et Jean-Marie n’a rien oublié de ses origines : ni de son père, qui fut, entre autres, recteur de l’université de Vincennes « formé à l’école de la République » et maire de Galeria, ni de son grand-père, issu d’une fratrie de vingt et un enfants, qui débarqua sur l’île comme gendarme. Imaginatif, le gamin amoureux des cartes aux trésors et qui revenait au village à toutes les vacances a pourtant choisi d’assumer sa passion pour l’architecture. « Ce qui me fait rêver dans ce métier, c’est qu’avec un calque et quelques crayons, on peut tracer une ville, une rue, une maison qui n’existent pas encore. Les cartes, c’est la même chose, on peut rêver devant une carte topo de l’IGN, devant un topoguide, un plan de maison. » Il n’en est pas moins devenu professeur d’urbanisme, d’aménagement durable tout en travaillant à titre privé essentiellement sur des bâtiments publics.

Connecter des mondes différents

Depuis la fin de ses études parisiennes, Jean-Marie Séïté a choisi de mener sa vie entre sa Corse natale et le continent, car « la mer, le maquis et la montagne, c’est mon ADN ». Sur cette terre où il aime se perdre, il milite pour la protection de l’environnement, mais organise également des courses de moto. Il aime retrouver ses copains au café mais compte sur le SIG pour mieux connaître et administrer son territoire. « Les cartes me fascinent mais l’information géographique m’intéresse car, justement, on peut y faire entrer autre chose que des cartes. C’est beaucoup plus ouvert. » À Galeria, dont il a été élu maire en 2012, deux nouvelles couches viennent d’être ajoutées au SIG, qui illustrent bien cette ouverture. Quinze mille noms de lieux, recueillis par une thésarde pendant un an d’enquête auprès des habitants, notamment des plus âgés. « D’ici peu, on va organiser une projection publique de cette carte, avec une partie des interviews filmées et géolocalisées, pour que chacun continue à enrichir ce récit collectif. » L’autre couche concerne les résidences secondaires. « Derrière un même terme, se cachent des réalités très différentes, depuis le placement financier défiscalisé jusqu’aux vieilles maisons de gens du village qui ont du prendre une adresse à Bastia pour inscrire leurs enfants au lycée. » Une stagiaire de l’ESGT a donc croisé enquête de terrain avec données fiscales, consommation d’eau et d’électricité. « En 1975, nous avions 8% de résidences secondaires, aujourd’hui, nous en avons 66 %. Sans stigmatiser, nous pouvons maintenant mieux évaluer la situation et comprendre les apports de chaque catégorie, tant en termes de dépenses que de recettes pour la commune. » Jean-Marie Séïté a du mal à étancher sa soif de connaissance et d’action. Il a lui-même financé la première mission de photographie systématique de tout le littoral corse depuis la mer, menée en 2010. Un mois en mer, des milliers de clichés géolocalisés et un résultat sans appel : le littoral corse est urbanisé à 29 % et non à 4 % comme annoncé officiellement. « Un chiffre qui met chacun devant ses responsabilités : État, collectivités et associations. » Il espère repartir prochainement pour une nouvelle mission, qui sera, cette fois, financée par l’État et la collectivité territoriale de Corse.

Un président inattendu

C’est presque par hasard que Jean-Marie Séïté a rencontré l’Afigéo, venu l’interroger pour son recueil de témoignages d’élus. Une présentation lors des Rencontres des dynamiques régionales de 2014 au titre de maire et de vice-président du parc, et le voilà élu président de l’association. « Les pionniers ont beaucoup travaillé. Cette structuration en pôles usages, recherche et entreprises est très intelligente. J’ai l’impression que l’association est à un tournant. Elle a mené beaucoup de projets, mais il faut trouver le moyen de ne plus s’appuyer uniquement sur l’énergie débordante et l’investissement personnel des uns et des autres. Pour cela, il faudrait embaucher mais cela implique de consolider nos financements. Sans concurrencer qui que ce soit, l’association pourrait jouer un rôle dans les réformes en cours car elle est un intermédiaire totalement neutre entre les producteurs et les utilisateurs d’information géographique. »

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