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Cartographie électorale à l’adresse : un essai à Marseille

| 13 novembre 2016 | 0 commentaire

Catégorie: Cartographie, Données, Dossier : Élections, les candidats se plient en cartes, Géomarketing, Logiciels, Open Data, Recherche

Chercheur en sciences politiques, Joël Gombin s’intéresse au vote Front national auquel il consacre sa thèse. Afin d’aider une journaliste du journal Le Monde à rédiger un article sur le vote FN dans les quartiers nord de Marseille, il a développé une méthodologie de cartographie à l’adresse, détaillant la relation entre urbanisme et comportement politique.

Quand Stéphane Ravier remporte la mairie du septième secteur de Marseille, il se présente comme le porte-parole des « noyaux villageois ». Effectivement, dans ces 13e et 14e arrondissements, les anciens villages (Château-Gombert, Saint-Jérôme…) et leurs extensions pavillonnaires semblent avoir voté massivement pour le candidat FN, par opposition aux grandes cités, plutôt abstentionnistes ou de gauche.

« J’ai eu envie de donner une représentation cartographique à cette réalité » détaille Joël Gombin. Il aurait pu se contenter d’une superposition des résultats à l’échelle du bureau de vote avec une couche d’occupation du sol qualifiant les formes urbaines. Il a décidé de zoomer et de représenter l’information à l’adresse, au bâtiment, unité de base de la forme urbaine. « Bien sûr, le vote étant secret, ce rêve demeure inatteignable (et tant mieux !), mais on peut essayer de s’en approcher » ajoute le chercheur, qui reste conscient de l’aspect contextuel de son travail.

La représentation sous forme de points (un point par votant) des résultats des élections régionales de 2015, montre bien les différences de comportements entre les habitants des grands ensembles (Frais Vallon par exemple) massivement abstentionnistes et votant plutôt socialiste et les quartiers résidentiels comme Saint-Jérôme où le vote FN domine nettement.

La représentation sous forme de points (un point par votant) des résultats des élections régionales de 2015, montre bien les différences de comportements entre les habitants des grands ensembles (Frais Vallon par exemple) massivement abstentionnistes et votant plutôt socialiste et les quartiers résidentiels comme Saint-Jérôme où le vote FN domine nettement.

Lien logement/vote FN

La première étape de la méthode consiste à établir la corrélation entre le vote FN et le type de logement à l’aide d’une régression linéaire. Si les résultats du vote sont connus à l’échelle du bureau de vote, dont le contour lui a été fourni par CARTELEC, le type de logement n’est disponible qu’au niveau de l’IRIS et porte sur la population totale. Il est donc nécessaire de ventiler les données logement sur les découpages des bureaux de vote. Impossible cependant de le faire par simple péréquation surfacique sans introduire un biais important. Joël Gombin a pondéré cette ventilation en utilisant le fichier des listes électorales qui lui a permis de géocoder le nombre d’électeurs par adresse sur la BANO.

Afin de rapprocher les données du recensement de la population électorale, Joël Gombin est reparti du fichier de détail du recensement, comportant un enregistrement par personne enquêtée (avec identification de l’Iris concerné). Explorer et combiner ces millions de lignes implique de passer par une base de données (ici MonetDB interrogé par dplyr). Il en a extrait un tableau du nombre de personnes françaises de plus de 18 ans habitant en maison ou en appartement par IRIS. Le redressement n’est pas parfait, car il ignore les gens qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales. Pour procéder à l’estimation du vote FN par type de logement, le chercheur a construit un modèle linéaire. Ainsi, 66 % des habitants d’immeubles collectifs se sont abstenus, contre 38% des habitants en maison. 31 % des habitants en maison ont voté pour le FN contre 13 % des habitants en appartement.

L’étape suivante consiste à projeter ces proportions sur le tissu urbain, en admettant que ces comportements électoraux sont stables dans l’espace. Connaissant le nombre d’électeurs FN, la proportion de maisons et d’immeubles ainsi que la propension de chaque catégorie d’habitants à voter pour le FN, il peut en déduire un nombre d’électeurs FN par Iris et par catégorie de logement.

Retour au tissu urbain

Reste alors à ventiler aléatoirement ces votants sur les immeubles et les maisons de l’Iris. Joël Gombin s’est appuyé sur le tag « building » d’OpenStreetMap pour identifier les immeubles habités et les maisons individuelles. Cette étape s’est avérée assez artisanale et manuelle, ce qui limite la reproductibilité du raisonnement et le limite à des zones assez réduites. Il faut encore attribuer un poids à chaque bâtiment basé sur la liste électorale. Là encore, le travail s’est avéré délicat pour recoller les bâtiments physiques aux adresses de la liste électorale centrées sur les rues. La dernière étape consiste enfin à calculer un nombre d’électeurs théoriques pour chaque parti dans chaque bâtiment et à les répartir aléatoirement dans les polygones concernés.

Il en ressort une série de cartes interactives (sous Leaflet) très différentes selon les quartiers concernés. Malheureusement, le choix de couleurs un peu pastel, ne facilite pas la superposition visuelle avec un fond cartographique qui mettrait en avant le bâti au niveau le plus détaillé. Mais Joël Gombin a tenu à mettre l’ensemble des programmes utilisés (principalement sous R) en ligne afin que d’autres puissent récupérer ces ressources et les améliorer.

 

  • Pour accéder directement à l’article du blog de Joël Gombin, Comment j’ai (presque) cartographié les électeurs FN à l’adresse qui détaille la méthode suivie et intègre des cartes interactives, suivez ce lien

À lire dans ce dossier :

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