Chroniques d’un GEOINT au goût de COVID.
Épisode 2

| 20 juillet 2020 | 0 commentaire

Catégorie: A l'actu, Données, Entreprises, Imagerie, Institutions, Logiciels, Satellite/Spatial

La chronique GEOINT de Thierry Rousselin, TMCftn

Dans la pagaille ambiante, le petit monde de l’intelligence géospatiale, alias GEOINT, ne pouvait pas rester à l’écart. Faisons le tour des acteurs… et de leurs actions. Après la Chine, comment ça se passe chez les fonctionnaires du Donald Énervé ?

GEOINT US Économie first

La scène se passe à Londres fin janvier 2020. À DGI, le rendez-vous européen des spécialistes du GEOINT, Anthony Vinci, éphémère Chief Technology Officer de la NGA (agence du géo-renseignement américaine) il y a quelques années, recyclé gourou dans un fonds d’investissement, fait la leçon aux pauvres européens : Le GEOINT du futur sera économique où ne sera pas et les alliés se sont trop focalisés sur les enjeux de défense et de terrorisme. L’Amiral Sharp, directeur de la NGA, approuve, le directeur du renseignement du corps des Marines itou. Même Vanessa Lawrence, ex-directrice générale de l’Ordnance Survey (l’IGN britannique), à qui personne n’a rien demandé, se joint au chœur démontrant la capacité des anciens cadres de Tony Blair à se placer toujours dans le sens du vent. Imaginez qu’un de ces leaders ait dit ce jour-là « il faut aussi se préoccuper des enjeux sanitaires » et sa statue de visionnaire aurait été érigée… Mais aucun ne l’a dit et, 45 jours après, les agences US étaient aussi mal préparées que… (placer ici votre sujet de détestation favori).

Sanitaire last

Deux mois plus tard, fin avril, quand commencent les conférences en ligne mises en place à la suite de l’annulation de GEOINT 2020, l’atmosphère a changé. Les agences de renseignement expérimentent les joies du télétravail et l’heure est à l’introspection afin de comprendre ce qui n’a pas marché. Pas simple car la NGA avait beaucoup communiqué sur son implication réussie en 2014, lors de la crise Ebola en Afrique de l’Ouest. Mais à l’époque, son rôle était de fournir à l’OMS et aux ONG des cartes, des plans de ville et des bases de données géographiques sur la Guinée, la Sierra Leone ou le Libéria. Manifestement, pour affronter la pandémie 2020 à New York, les autorités locales n’attendaient pas un plan du métro.

Quelles leçons tirer des dizaines de webinars qui se sont enchainés depuis avril ? D’abord une nouvelle rassurante. D’après son CTO, la NGA « commence à bien comprendre le besoin de ses utilisateurs ». On est vraiment contents pour eux. Plus sérieusement, comme la stratégie NGA 2025 a été publiée en 2019, il ne fallait pas attendre des bouleversements, les leçons de la crise actuelle nécessitant du temps pour influer sur les plans à long terme. La stratégie technologique 2020 a donc été publiée et hors équations absconses (voir illustration), c’est un enfoncement de portes ouvertes assez impressionnant.

GEOINT US

La mission GEOINT de la NGA en une équation

Les agences gouvernementales coincées entre autonomie et dépendance

Le document Tech Focus Areas 2020, qui doit guider les industriels sur ce que la NGA attend d’eux est plus intéressant. Même si les grands thèmes sont classiques (Advanced Analytics and Modeling, Data Management, Modern Software Engineering, Artificial Intelligence, Future of Work), ils témoignent d’un dilemme permanent. Les agences veulent maîtriser les algorithmes qu’elles utilisent, ce qui les pousse à se réapproprier la maîtrise des plateformes et de l’ingénierie logicielle. Elles souhaitent être à la manœuvre pour choisir elles-mêmes les algorithmes adaptés aux besoins de leurs analystes. Mais simultanément, elles s’appuient de plus en plus sur des services externalisés, localisés sur des plateformes tierces. Et la période de confinement, avec la bascule en travail à distance de nombreux analystes, a renforcé le besoin de travailler en environnement moins classifié sur de l’imagerie commerciale. Dans ces débats compliqués, le point qui ressort est bien la difficulté de basculer dans un mode « AI-enabled ». La publication du rapport « Mapping AI for the GEOINT Workforce » et du sondage associé réalisé cet hiver, montre que l’intégration de l’intelligence artificielle est encore très préliminaire et qu’elle révèle de nombreux enjeux (le titre du rapport doit bien se lire dans les deux sens). Mais surtout, cette étude fait ressortir que les futurs analystes auront certes besoin de savoir-faire techniques mais que la compétence ultime, celle sans laquelle tout s’écroulera sera… La pensée critique.

GEOINT US

Quelques enjeux de l’IA pour le GEOINT issus du rapport Mapping AI for the GEOINT Workforce

 

Les autres chroniques :

Chroniques d’un GEOINT au goût de COVID : Épisode 1

Chroniques d’un GEOINT au goût de COVID. Épisode 3

Chroniques d’un GEOINT au goût de COVID.Épisode 4

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