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L’IGN au cœur des géocommuns

Catégorie: 3D, Cartographie, Données, Environnement, IDG/IDS, Institutions, Marché, Open Data, Reportages, Secteur public

Environ 5 mn de lecture

Après deux mois passés à « ouvrir ses chakras » comme il le dit lui-même, Sébastien Soriano, directeur général de l’IGN depuis le début de l’année, entend maintenant développer une nouvelle stratégie pour l’établissement, celle des « géocommuns ». Explications.

Géocommuns

Sébastien Soriano, directeur général de l’IGN depuis le 4 janvier 2021

Voilà plus de deux mois que vous avez pris la direction générale de l’IGN. Comment voyez-vous l’établissement aujourd’hui ?

N’étant ni géographe ni forestier, j’ai pu poser un regard neuf sur l’IGN. J’ai découvert une belle maison, forte de l’engagement de son personnel, de son savoir-faire, de son histoire. Mais c’est une maison qui a été ubérisée par Google et autres GAFAM, ainsi que par OpenStreetMap et les collectivités locales qui ont développé leurs propres plateformes. Nous vivons une époque inédite de diffusion massive de l’information géographique, qui est désormais dans toutes les poches grâce à nos téléphones portables. Dans ce vaste mouvement de démocratisation, il nous faut trouver notre place en tant que service public qui éclaire le pays grâce à l’information géographique.

Or, nous avons longtemps été vus comme une citadelle à prendre, à cause de notre modèle économique payant et de notre haute technicité. Mais nous avons réussi à changer : la gratuité et l’ouverture sont de formidables opportunités pour assumer notre rôle d’infrastructure informationnelle, pour travailler plus ouvertement avec les communautés contributives, pour renouer des relations profondes avec les collectivités et aller au-delà des ambiguïtés passées. Bref, pour nous réinventer et revenir à la radicalité du projet public.

En quoi la notion de géocommuns va-t-elle permettre à l’IGN de trouver sa place dans le nouveau paysage de l’information géographique ?

La notion de géocommuns est pour moi comme une bannière à deux dimensions : l’accessibilité (les biens communs) et la production collaborative. La gratuité est un facteur essentiel de l’accessibilité, mais elle n’est pas suffisante. L’IGN ne doit pas se contenter de fournir des données à de grands partenaires publics et à les mettre en ligne. Le rapport Bothorel montre clairement que la politique d’appropriation doit être tournée vers les usages. Nous n’avons pas su développer les outils ergonomiques simples, les fonctionnalités dédiées aux usages courants. Je veux que nous regagnions du terrain face aux API de Google Maps ou de MapBox. Et pour cela, nous avons besoin d’une logique de communs, de nous appuyer sur le collaboratif. Nous ne devons pas ériger de barrières entre différentes communautés, mais bien travailler ensemble dans cette ambition démocratique.

Concrètement, comment allez-vous développer cette nouvelle stratégie ?

Afin d’alimenter l’exercice stratégique que nous menons jusqu’à l’été, nous allons lancer une consultation publique dans les prochains jours afin que chacun puisse formuler ses attentes vis-à-vis de l’IGN. C’est l’occasion de nous poser collectivement la question des manières de travailler ensemble en s’appuyant sur la gratuité, sur plusieurs types de sujets.

Nous devons pouvoir nous projeter à moyen terme sur la question des référentiels par exemple. Ce que nous faisons sur le Lidar, qui va nous permettre de disposer de modèles numériques de terrain et d’élévation de très haute précision est emblématique, avec un financement amont. Nous avons besoin de référentiels structurants, mais nous devons éviter de travailler au coup par coup. Aujourd’hui, les bases de données routières navigables sont aux mains du privé. Est-ce souhaitable ? Quelle est notre vision à moyen terme sur le bâti et les modèles de villes ? Où sont les attentes ? La consultation va nous éclairer.

Côté outils, je souhaite que nous mettions en place une fabrique de géocommuns, sur le modèle d’Etalab. Il faut créer une « tech factory » ouverte, avec des intrapreneurs de l’IGN (et il y en a !), mais également des acteurs extérieurs, des développeurs free-lance, des collectivités… Les outils doivent être co-construits, au sein d’une communauté ouverte de développeurs. Nous ne déciderons ni ne développerons seuls les bons modes de représentation et d’utilisations possibles des données Lidar par exemple. Nous avons également des sujets très opérationnels et immédiats : Nous n’arriverons à des résultats rapides sur l’artificialisation des sols, qu’en développant des outils basés sur l’intelligence artificielle.

Le troisième point sur lequel nous devons évoluer est plus culturel. Nous devons être plus à l’écoute, plus humbles, établir un rapport différent avec les utilisateurs, installer des boucles de rétroaction. Nous devons être dans une logique d’animation des communautés comme nous le faisons pour IGN Rando. Nous ne partons pas de rien, nous avons déjà une convention avec OpenStreetMap, mais il s’agit maintenant de passer à la vitesse supérieure.

Enfin, je tiens à préciser que cette transformation devra être menée humainement, avec une large consultation interne. Elle va impliquer une réorientation importante des productions et nous devons créer un projet positif, car nous avons devant nous des défis fantastiques. Dans cette projection ambitieuse, il faudra accompagner la transformation de certains métiers, notamment sur l’IA, sur la façon de conduire la sous-traitance, etc.

Quid justement de l’écosystème privé français ?

L’écosystème privé est très important, nous sommes en train de créer une dépendance trop forte de nos acteurs économiques vis-à-vis des grands fournisseurs d’outils comme les GAFAM. J’ai mené ce combat à l’Arcep, je le mènerai à l’IGN. L’écosystème a toute sa place pour apporter des solutions de la manière la plus partenariale possible.

Comment la géoplateforme s’inscrit-elle dans cette stratégie de géocommuns ?

La géoplateforme est une logique de mutualisation des besoins publics. Quantité d’acteurs publics – collectivités locales, établissements publics, services déconcentrés de l’État… sont confrontés à la nécessité de se lancer ou de faire monter en puissance leurs outils de diffusion de géodonnées et d’alimentation par des tiers. Ce n’est pas facile pour tous de se tenir à la page, de gérer la croissance de la quantité de données, de mettre en place des fonctionnalités pour permettre l’animation de communautés et le collaboratif. Nous proposons de le faire en commun, à travers la géoplateforme, et nous allons très prochainement solliciter un large écosystème d’acteurs pour lancer les développements ensemble. Certaines fonctionnalités ont vocation à passer en production dès cette année, en s’appuyant sur la fabrique des géocommuns pour que la dynamique s’enclenche. C’est un projet qui peut être structurant, en accélérant la capacité des entités publiques à se saisir des géodonnées et du participatif. Nous prenons notre part à la dynamique du projet mais il est crucial que la géoplateforme soit un instrument partagé. Le dossier est aussi suivi de près par la Direction interministérielle du numérique (DINUM), celle de la transformation publique (DITP) et le Ministère de l’écologie (Ecolab).

 

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