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Haute révolution spatiale

| 15 septembre 2015 | 0 commentaire

Catégorie: Données, Dossier : Ensemble, c'est tout !, Entreprises, Imagerie, Marché, Satellite/Spatial

S’il est un domaine en perpétuelle révolution, c’est bien celui de l’observation spatiale. Né à la fin des années soixante-dix, il n’a jamais trouvé son équilibre économique en dehors du soutien institutionnel et militaire. Pourtant, aujourd’hui, il attire toute une série de nouveaux acteurs, qui misent sur l’innovation. Comment survivre dans la révolution spatiale ?

SPOT Image, puis EADS Astrium, puis Astrium, puis Airbus Defence & Space… l’opérateur de satellites toulousain n’a cessé d’évoluer, de changer de peau, de se renouveler.

Les acteurs du spatial en mouvement perpétuel

Et il n’est pas le seul, Digital Globe (qui a absorbé GeoEye en 2013), RapidEye (devenu BlackBridge)… tous les opérateurs historiques ont dû se repositionner sur un marché encore très largement dépendant des financements et des commandes institutionnels. « Les cinq premiers satellites SPOT ont bénéficié d’un financement public complet, rappelle Philippe Pham, directeur général d’Airbus Defence & Space, mais SPOT 6 et 7 ont été totalement financés par Astrium, avec un modèle économique difficile à trouver. D’ailleurs SPOT 7 a été vendu, une fois opérationnel, à Azercosmos. Pléiades, pour sa part, bénéficie d’un financement largement étatique et dual (civil, défense). » Ainsi, aujourd’hui, le secteur privé ne représente que 20 % du chiffre d’affaires d’Airbus Defence & Space, qui dispose d’un large catalogue de produits et services, allant de la vente de stations de télémesure aux images orthorectifiées pour globes virtuels et autres produits thématiques. Mais l’opérateur historique doit une fois de plus se renouveler et affronter une concurrence complexe. Les pays hier très consommateurs d’imagerie sont devenus autonomes (comme la Chine, l’Inde, le Brésil…) et la commande institutionnelle est loin d’être assurée. Comme ses concurrents historiques, il doit également faire face à une nouvelle génération particulièrement perturbante.

Les Space cow-boys débarquent

Ils s’appellent Skybox, UrTheCast, Planet Labs, PlanetiQ, OmniEarth, Spire… Ils viennent du monde de l’information et pas de l’aéronautique, ils sortent un satellite en quelques mois et sont capables de changer de modèle économique en quelques semaines. Certes, comme le rappelle fort justement Thierry Rousselin, directeur opérationnel de Magellium « ils n’ont pas encore gagné un dollar » et beaucoup d’entre eux auront disparu dans trois ans, mais leur approche mérite d’être analysée. Il a fallu toute une conjonction de facteurs pour qu’apparaisse cette nouvelle génération qui multiplie les annonces : baisse du coût des composants ; soutien des géants du Net ; accès à des financements, certes modestes (quelques dizaines de millions d’euros), mais suffisants pour se lancer ; impact des investissements militaires prêts à passer dans le civil et dument testés pendant les années de conflit en Irak et en Afghanistan…

Google-Skybox ne vend plus des images ou des vidéos mais de l’analyse pour doper votre business : évolution du niveau dans des réservoirs de pétrole, fréquentation d’un centre commercial via le comptage régulier des véhicules, suivi de l’activité d’un aéroport… (Document Skybox)

Google-Skybox ne vend plus des images ou des vidéos mais de l’analyse pour doper votre business : évolution du niveau dans des réservoirs de pétrole, fréquentation d’un centre commercial via le comptage régulier des véhicules, suivi de l’activité d’un aéroport… (Document Skybox)

« Ils savent se vendre, prendre des risques et ils se positionnent sur les aspects big data. Pour eux, l’observation devient un élément d’aide à la décision » analyse Thierry Rousselin. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement d’alimenter les globes virtuels. Chacun tente de trouver sa niche (météo, surveillance maritime, agriculture, forêt, ONG, média, risque financier…), même si certains, comme Google-Skybox ont bien l’intention de couvrir tous les thèmes. Ces nouveaux acteurs misent avant tout sur les plateformes d’accès à l’information, sur les algorithmes et l’architecture nécessaires pour alimenter des services, quitte à voir se développer de nouveaux intermédiaires. « Ils sont agnostiques en termes de sources, même quand ils ont leur propre flotte » souligne encore Thierry Rousselin. Enfin, côté discours, ils ont totalement abandonné les aspects techniques et vantent la beauté de la Terre, la plongée dans le futur, le Monde à nos pieds…

De plus, ces cow-boys de l’espace ne respectent rien, même pas les satellites qu’ils lancent, à l’image de Planet Labs qui a besoin de trente satellites opérationnels pour constituer sa constellation, en misant sur le lancement de plus de cent. Goût du risque, capacité à évoluer très rapidement, offre de produits répondant à des besoins précis, prise en compte de l’échec… Ces nouveaux entrepreneurs savent ce qu’est l’innovation. Le marché leur donnera-t-il raison ? À suivre, d’autant que drones, ballons, dirigeables et pseudo-satellites viennent à nouveau troubler le jeu.

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