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Le collaboratif s’impose

Catégorie: Cartographie, Données, Dossier : Géomatique et handicap, Entreprises, Grand public, Institutions, Marché, Mobilité, Open Data, Réseaux/Transports, Utilisateurs, WebMapping

Parce que maintenir à jour une base de données sur l’accessibilité est un travail sans fin, parce que le sujet peut mobiliser toutes sortes de participants engagés dans ce qui reste un combat, nombreux sont les sites d’information qui s’appuient sur des pratiques collaboratives. Une approche qui semble même séduire les institutions.

Se débrouiller par soi-même et mobiliser ceux qui sont directement concernés, tel fut le credo de jaccede.com, le plus ancien site communautaire sur l’accessibilité.

Jaccede.com

C’est en rentrant d’un séjour aux États-Unis que Damien Birambeau, lui-même en fauteuil roulant, a compris à quel point son pays était « inaccessible ». En 2006, il monte une association. Le site Jaccede.com, qui se présente comme un répertoire, ouvre dès 2007. Il recense aujourd’hui 77 000 lieux dont 38 000 ont été saisis par les membres de la communauté, régulièrement mobilisés via les réseaux sociaux et les nombreuses journées ou soirées de l’accessibilité, organisées partout en France. L’association a été maintes fois récompensée, ce qui lui a permis de faire évoluer son site, de proposer des versions mobiles, d’embaucher des développeurs pour mieux exploiter les API Google Maps qui sont à la base de son interface cartographique. Désormais, plus besoin de saisir l’adresse d’un lieu pour le décrire. « Depuis deux ans, les critères à remplir ne sont pas les mêmes selon le type de lieu. Ils sont beaucoup plus simples pour une boulangerie que pour un musée » précise Damien Birambeau. La description peut être très complète, allant des équipements (largeurs de portes, conformité des toilettes, présence de boucle magnétique, hauteur du comptoir…) à tout ce qui participe d’un bon accueil (sensibilisation du personnel notamment). Si Jaccede.com profite de l’open data pour enrichir son site, l’association ne diffuse pas encore les données collectées par ses membres, dont deux mille cinq cents sont particulièrement actifs. « Mais, nous confie le fondateur, une API est en préparation afin d’intégrer nos informations dans d’autres sites. » En open data ? La question n’est pas tranchée car l’association, qui emploie aujourd’hui huit salariés, ne vit que du mécénat et se demande si elle ne devrait pas sécuriser son existence par la vente de ses données à des opérateurs de type annuaires téléphoniques. Le fait d’être lauréat des trophées La France s’engage va permettre de développer l’aspect ludique du site et de le rendre plus communautaire : les meilleurs contributeurs pourront être récompensés et ceux qui sont moins actifs pourront être mobilisés plus facilement.

Avec 25 000 visiteurs chaque mois, Jaccede.com répond à toutes celles et ceux qui cherchent simplement un coiffeur ou un cinéma accessible.

Avec 25 000 visiteurs chaque mois, Jaccede.com répond à toutes celles et ceux qui cherchent simplement un coiffeur ou un cinéma accessible.

Du côté d’OpenStreetMap

C’est parce qu’ils ne savaient pas comment éditer leur plan de ville touristique que Xavier Emery et Jean-Louis Zimmermann, tous deux en poste à la ville d’Orange, se sont intéressés à OpenStreetMap (OSM) en 2011. « J’étais chargé du développement économique et des transports, rappelle Jean-Louis Zimmermann, et j’étais en souffrance sur le schéma d’accessibilité. » Dès 2012, il demande à la société 3Liz de développer un outil pour faciliter les requêtes sous OSM. Jean-Louis Zimmermann commence par saisir tous les passages piétons par photo interprétation des images Microsoft Bing. Il part ensuite sur le terrain pour les qualifier et prendre des photos, elles-mêmes mises en ligne sous Flickr. Petit à petit, son inventaire des équipements s’étoffe jusqu’à prendre en compte la hauteur et les potelets aux passages piétons, le détail des places de parking handicapé, les rampes d’accès, les ascenseurs, les bandeaux tactiles… tous les éléments qui participent au cheminement, qualifiés par un code couleur (vert, jaune, rouge) indiquant leur niveau d’accessibilité. Le fait de participer à un projet collaboratif lui a permis de faire évoluer la façon de qualifier et de présenter l’information afin de prendre en compte tous les détails de l’aménagement urbain. Même si la démarche l’a aidé à sensibiliser les élus et aide les communes de l’agglomération à construire leur propre référentiel, le technicien reconnaît qu’il est encore le seul à utiliser LizMobility. « Avec cet inventaire, nous avons détecté des anomalies et revu certains aménagements, même parmi ceux qui nous paraissaient adaptés a priori » complète Jean-Louis Zimmermann.

Le modèle de données progressivement mis au point à Orange permet désormais de saisir de nombreux tag sur l’accessibilité dans OpenStreetMap.

Le modèle de données progressivement mis au point à Orange permet désormais de saisir de nombreux tag sur l’accessibilité dans OpenStreetMap.

L’accessibilité : un moteur à cartoparties

À Montpellier, l’approche fut différente. C’est parce que la ville voulait animer sa démarche open data qu’elle a décidé de faire ses premières cartoparties sur l’accessibilité, via son programme Montpellier numérique. Un sujet mobilisateur, qui allait permettre de parler d’autre chose que de données géographiques et qui correspondait à un vrai besoin car peu de commerces étaient renseignés. Soutenues politiquement et par plusieurs associations, les premières sorties mobilisent plusieurs dizaines de personnes. Deux mille commerces et bâtiments accueillant du public ont été qualifiés en trois ans. « Notre méthodologie était rudimentaire, reconnaît bien volontiers Jérémy Valentin, community manager à l’époque. Au début, il s’agissait simplement de repérer les établissements et de dire si oui ou non ils étaient accessibles en fauteuil roulant. » Petit à petit l’information recueillie devient plus riche, mais la situation se complique. Certaines associations voudraient une approche plus exhaustive des différents handicaps, ce qui impliquerait des saisies trop longues pour être motivantes, des crispations entre associations se font jour, des élections ont lieu… Après une dizaine de rencontres sur deux ans, le projet initié par la mairie s’arrête. Il est aujourd’hui porté par l’association Montpel’libre. Mais il a recueilli de précieuses informations, exploitables aujourd’hui dans Handimap Montpellier et de montrer que données officielles produites par les services techniques (relevés des trottoirs par exemple) peuvent cohabiter avec des données issues de la participation publique.

Les cartoparties sont toujours restées « low tech » à Montpellier. Les participants étant équipés de cartes à annoter (Photo Montpel’libre).

Les cartoparties sont toujours restées « low tech » à Montpellier. Les participants étant équipés de cartes à annoter (Photo Montpel’libre).

L’approche a ricoché du côté de Brest où l’association Tiriad pilote le projet Cartomobilité depuis 2014. Ici aussi, des cartoparties sont organisées pour saisir des données sur l’accessibilité et les verser dans OSM de façon à alimenter différentes applications. Le travail s’effectue quartier par quartier et bénéficie du soutien de la région, de la ville, de la Fondation de France et de la fondation Crédit coopératif. Margot Chrétien a même été embauchée sur trois ans pour animer le projet. Pour l’instant, les données saisies sont visibles dans LizMobility en attendant le développement d’applications plus tournées vers le grand public. L’approche par l’animation de communautés (qui est l’objet même de Tiriad) permet d’avancer progressivement et, une fois de plus, d’affiner le modèle de données en cours de saisie.

La SNCF Transilien, qui développe une politique active d’open data, s’est également engagée dans le collaboratif. Un projet pilote a vu la réalisation d’une micro-cartographie des gares de la ligne C du RER en 2013 par les équipes d’OpenStreetMap. Ces données, ainsi que d’autres mises à disposition par la SNCF et Jaccede.com ont servi de base à Hackcess transilien, un hackathon dédié à l’accessibilité organisé par Transilien en novembre 2013. À cette occasion, NoWay, un démonstrateur de calcul d’itinéraire multi-niveaux pour personnes handicapées, avait été présenté. Le partenariat s’est poursuivi en 2014 pour aboutir à une cartographie complète des 382 gares d’Île-de-France, qui comprend de nombreux éléments sur l’accessibilité.

Ces démarches collaboratives garantissent-elles un usage étendu des données par les personnes en situation de handicap ? Si Jaccede peut s’enorgueillir de 25 000 visiteurs par mois, l’analyse des utilisateurs ne semble pas avoir été menée. Et les projets autour d’OSM restent confidentiels en dehors de la sphère « data ». Manque d’applications adaptées ? Public non réceptif aux nouvelles technologies ? Le sujet mériterait d’être abordé plus en profondeur.

Créé par un Allemand, le site wheelmap.org utilise les tags d’OpenStreetMap sur l’accès en fauteuil roulant, réparti en trois catégories. Une même interface sert à chercher un lieu accessible et à contribuer en qualifiant d’autres structures (celles en gris sur la carte).

Créé par un Allemand, le site wheelmap.org utilise les tags d’OpenStreetMap sur l’accès en fauteuil roulant, réparti en trois catégories. Une même interface sert à chercher un lieu accessible et à contribuer en qualifiant d’autres structures (celles en gris sur la carte).

Collaboration institutionnelle
Bientôt une base des ERP ?
Même l’IGN semble contaminé par l’approche collaborative, comme le montre le projet de base de données des établissements recevant du public en France (ERP). Financé dans le cadre des programmes d’investissements d’avenir, il devrait permettre de créer un référentiel national des ERP, alimenté par tous ceux qui les décrivent : services d’incendie et de secours, directions départementales du territoire, collectivités… Le modèle de base pourra inclure une couche accessibilité, dont la forme n’est pas encore définie. Un projet loin d’être achevé.

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