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Les pieds sur la Terre, la tête dans les étoiles

| 14 janvier 2014 | 0 commentaire

Catégorie: Portraits

Elise Ladurelle-Tikry par elle-même

Elise Ladurelle-Tikry par elle-même

Véritable cheville ouvrière de l’Afigéo, Élise Ladurelle-Tikry permet à de nombreux projets de pendre corps. Celle qui sait se faire discrète pour laisser aux membres le plein bénéfice de leur mobilisation n’a de frêle que l’apparence. Voyageuse, artiste, militante, elle défend ses idées avec l’obstination douce des gens qui savent que les sentiers battus ne sont pas pour eux.

Pour tracer le chemin qui a conduit Élise Ladurelle-Tikry à l’Afigéo, prévoyez un planisphère. Point de départ : les Hautes-Alpes, terre d’adoption de ses parents, artistes et humanistes, qui lui transmettent leur goût des voyages et cette intime conviction que c’est grâce aux autres que l’on s’enrichit. Dès l’âge de 13 ans, c’est armée d’un appareil photo qu’elle découvre le monde.

Première étape, Aix-en-Provence, où elle entame à 18 ans une licence de géographie sans grande conviction, car ce qu’elle vise, c’est l’océanographie et ses poissons. Mais la géographie la happe et l’urbain l’appelle. Après de courtes vacances au Maroc, elle comprend que le vrai voyage commence là où le tourisme s’arrête. Elle part alors faire sa maîtrise au Bénin, où elle étudie le développement urbain dans la banlieue de Cotonou. Elle y fait ses premières armes en géomatique. « J’avais eu quelques cours en télédétection et sur MapInfo en licence, mais rien de très sérieux. Il a fallu que je me débrouille sur le tas. » Très rapidement, elle découvre la vie béninoise, y prend goût, et ne rêve que d’y retourner quand elle doit rentrer cinq mois plus tard. Du coup, elle rempile pour une deuxième année et repart former des Béninois à MapInfo, rencontrer les institutions et s’initier aux arcanes du développement.

À son retour, la voilà devenue cartographe. Elle s’installe à Pantin, décroche une mission sur la cartographie des enjeux liés à l’eau et à l’assainissement dans divers pays africains, puis entame un DESS d’aménagement dans les pays en développement. « Je me suis rendu compte que mon savoir technique autour des SIG était précieux. Il me donnait quelque chose de concret sur lequel me reposer. » Après une année de formation, vient le stage qu’elle fait en partie à Bangkok, pour IGN FI. Elle y découvre l’art subtil de la gestion de projets.

La stagiaire idéale

Deux personnes vont la soutenir et l’aider à dégoter des petites missions à son retour en France : Xavier Crépin, alors délégué général de l’ISTED et François Salgé, secrétaire général du CNIG et de l’Afigéo. Publication sur les SIG et les risques, note stratégique sur l’information géographique à l’international, bilan de la part liée à l’information géographique dans les aides au développement… Toutes ces expériences la nourrissent même si elle enchaîne les petits boulots au CNFPT et à la bibliothèque de l’ISTED pour faire bouillir la marmite. « J’ai eu beaucoup d’entretiens mais les expériences internationales sont mal reconnues et valorisées en France. » L’international fait pourtant partie de sa vie. Elle se marie avec Franck, son compagnon béninois, accompagne des jeunes sur un chantier de développement au Congo pour la ville de Pantin.

Le grand bain de l’Afigéo

Nous sommes en 2006 et Joseph Grégoire, premier salarié de l’Afigéo, quitte l’association. C’est presque naturellement qu’Élise le remplace. « J’ai vite été dans le bain, grâce aux gens que j’avais croisés lors de mes précédentes missions. » À cette époque, l’association se transforme, se détache du CNIG et multiplie les actions.

« Mon travail consiste principalement à coordonner l’animation et à assurer la communication. J’apprécie également beaucoup les aspects veille et lobbying. La gestion est aussi très prenante. Du coup je manque souvent de temps. » Au cœur d’un réseau complexe d’acteurs, Élise Ladurelle-Tikry met toute sa conviction à la promotion de la géomatique. « Travailler avec les membres de l’association, tous bénévoles, est très motivant. J’aime ce statut associatif et militant, même si cela demande beaucoup d’énergie. » Et elle savoure ses victoires : « Nous venons de recevoir un courrier de l’APEC qui veut faire un zoom sur le métier de géomaticien. C’est le fruit d’un long travail collectif pour faire sortir la géomatique de l’ombre. »

Ombres portées

Pourtant, la jeune femme aime l’ombre, et pas seulement celle des pommiers de sa campagne où elle va régulièrement se ressourcer, ou celle des caves viticoles où elle travaillait pour financer ses études aixoises. Elle apprécie celle des vieux bâtiments industriels qu’elle traque avec son appareil photo, des espaces en perpétuelle transformation de Pantin, sa ville d’adoption. Elle s’amuse de celles que projettent les petits éléments de boîtes qu’elle crée, microcabinets de curiosités composés d’objets glanés au cours de ses pérégrinations.

Alors, si certains des nombreux projets qu’elle a dans la tête restent aujourd’hui dans l’ombre, rôle de jeune maman oblige, gageons qu’ils seront prochainement mis en lumière et nous montreront à quel point celle qui assure le quotidien de l’Afigéo a la tête dans les étoiles.

 

Boîte asiatique

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