Marcoleptique, révélateur de la matière vivante des cartes

| 2 février 2021 | 0 commentaire

Catégorie: Cartographie, Grand public, Imagerie, Livres, Arts, Expos, Portraits

Marcoleptique

Marcoleptique en David de Michel-Ange

Rappelez-vous, ses cartes peuplées de personnages étonnants ont ravi les visiteurs des GéoDataDays. Pourtant, malgré la cinquantaine approchante, Marcoleptique est un jeune plasticien. Rencontre avec un artiste qui révèle les figures vivantes tapies au fond des cartes.

Donnez-lui une carte, ancienne de préférence, quelques crayons, des feutres, un peu d’aquarelle ou de gouache, laissez reposer quelques heures et… vous obtiendrez une fillette paniquée sur son surf, un étrange crocodile, un couple d’amoureux ou un banc de poissons… Marcoleptique est inspiré par les cartes et les peuple de figures aux couleurs vives, qui nous racontent des histoires de monstres, de djinns, de gnomes, d’animaux, de personnages aux traits déformés mais toujours expressifs.

Marcoleptique

© Marcoleptique

Un regard particulier sur les cartes

« Je dessine ce que je vois. Au fur et à mesure, l’histoire se crée. » C’est aussi simple que cela, et chacun peut imaginer sa propre histoire. « Parfois, c’est immédiat, et ça me saute aux yeux, comme une évidence. Parfois, je ne vois rien, même sur une très belle carte, alors je la range dans une grande enveloppe et je la ressors un autre jour, et là, ça marche. » Les règles aussi sont simples : respecter les traits de la carte, se contenter de renforcer, de mettre en couleurs, de relier des points et des traits pour faire apparaître un visage, un corps, une scène de groupe, un entrelacs d’animaux et de personnages, un regard, une planche d’anatomie… « C’est comme un jeu, mais j’essaye que la carte colle avec l’histoire que je raconte. » Quel plus beau message qu’un baiser sur une vieille carte de 1918 représentant l’Allemagne et la France ? Il a beau avoir dessiné une dizaine de fois la carte de France, ce n’est jamais le même personnage qui ressort.

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1918 : le France et l’Allemagne se déchirent… et s’embrassent (© Marcoleptique)

Marcoleptique aime que ça aille vite. Comme il a peu de moyens et un petit atelier, il travaille essentiellement sur des formats réduits, A4, A3 éventuellement. Une histoire de quelques heures et une production intense de un, voire deux dessins par jour. « Le plus dur, c’est de trouver des cartes sur lesquelles travailler. J’ai commencé par chiner mais j’ai de plus en plus de personnes qui m’apportent des cartes, des atlas, notamment parmi mes acheteurs. Je viens de récupérer toute une collection de 200 cartes datant de 1850 à 1910, j’ai également mis la main sur des atlas routiers… plus ça va, moins j’achète de cartes, mais plus j’en ai. » Il préfère la qualité des papiers anciens qui absorbent les couleurs, craque pour les cartes routières et aimerait poursuivre son travail sur des images satellites.

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Le changement climatique vu par Marcoleptique

Parcours hors-norme

Voilà longtemps que Marc Guérin dessine sur tout ce qu’il trouve. Les murs du HLM de son enfance en région parisienne en ont fait les frais, même si le graffiti s’avère trop onéreux pour le jeune garçon qui a du mal à s’acheter des bombes. « À la fin du collège, j’étais très mauvais à l’école, la conseillère d’orientation avait vu que je n’étais pas trop nul en dessin et m’a conseillé de faire des études de cartographie. Je ne savais même pas ce que c’était ! » L’adolescent ne suit pas cette voie peu inspirante mais fait des études de dessin, de graphisme et devient un spécialiste de la signalétique, sans cesser de peindre pour son plaisir. Pendant plus de vingt ans, Marc Guérin travaille en agence. Il fuit Paris pendant quelques années pour le Sud et la corse, puis s’installe à Lyon où il décroche un poste d’enseignant en signalétique pendant deux ans. « J’avais un peu plus de temps, je me suis remis à dessiner ». Premières victimes ? Les livres. « J’ai commencé par faire des taches aléatoires de peinture, puis à dessiner dessus. Les cartes ont pris la suite. » Livres d’anatomie, annuaires, affiches, cartes de toutes sortes lui inspirent ses personnages, son bestiaire.

Marcoleptique

Il y a deux ans, au moment de la fermeture de la formation dans laquelle il enseignait, Marc Guérin fait le grand saut et décide de vivre de son art : il devient Marcoleptique. Il revient en région parisienne pour suivre sa compagne et commence à être repéré dans le milieu de l’art singulier. Il enchaîne les expositions, commence à vendre… mais la crise sanitaire arrête tout. Marcoleptique continue pourtant à tenir. Sa rencontre avec les géomaticiens lui a beaucoup plu. Il multiplie les rencontres (même virtuelles), s’expose en ligne et présentera quelques pièces à l’exposition Figuration Critique au Bastille Design Center en avril, si ce dernier n’est pas annulé… D’ici là, n’hésitez pas à visiter son site, à le suivre sur Facebook ou Instagram, à acheter en ligne quelques dessins ou à lui envoyer des cartes et des images satellites qui pourront l’inspirer.

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