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Pour se réinventer, la carte fait des détours

| 20 février 2017 | 0 commentaire

Catégorie: Cartographie, DécryptaGéo 2017 fait le plein, Données, Grand public, Livres, Arts, Expos, Recherche

Par Nicolas Klein

L’art, les territoires, la légèreté, l’ouverture, l’humour, la diversité des points de vue et d’observation étaient au cœur des invitations cartographiques proposées par les intervenants de la session « Réinventons la carte ». Guidés par Philippe Sablayrolles de Michelin, ils nous ont proposé un chemin original vers le renouveau cartographique. Les géomaticiens sauront-ils en tirer profit ?

Après avoir croqué la pomme du savoir, les cartographes doivent faire un pas de côté pour se réinventer, à l’image de l’Apple Globe de Kevin Van Aelst.

La Chine qui prendrait la place de la Bretagne ? C’est par cette ouverture que Guillaume Monsaingeon, philosophe et fondateur de l’Oucarpo nous invite à faire un pas de côté à la découverte du château d’If qui draine trois cent mille visiteurs chaque année, laboratoire vivant des amateurs de cartographie potentielle. Ou comment retrouver le plaisir du « jeu » à travers toutes sortes de détournements.

Du jeu au je

Mais avant de jouer, il faut comprendre les règles et quelques précisions lexicales s’imposent. Guillaume Monsaingeon différencie le « mapping », ensemble des opérations de construction de la carte, du « mappage » qui consiste à définir une planéité. C’est pour mieux terminer sur le « fantasmapping », action qui consiste à découvrir les cartes dans les objets qui nous entourent. « Car les cartes sont en nous, » rappelle Guillaume Monsaingeon. Elles précèdent même le monde selon l’écrivain satyrique grec Lucien de Samosate. Mais elles sont également une étape indispensable de la construction militaire, ne l’oublions pas. Le philosophe en appelle pour conclure à Sisyphe, qui serait selon lui le saint-patron des cartographes : arrivé en haut de la montagne (l’Atlas ?), tout cartographe redescend bien malgré lui avec la nécessité de réinventer son je…

L’atlas autrement

Une cartographe justement, en l’occurrence Karine Hurel du CGET*, s’interroge sur le renouvellement cartographique. Son équipe a notamment pour mission de produire les cartes des quartiers qui relèvent de la politique de la ville. Chaque territoire serait donc un objet de conquête ?

« L’objet cartographique appartient à tout le monde, » insiste-t-elle. Il lui semble donc important d’en débattre collectivement. Alliant la théorie à la pratique, le CGET a organisé lors de ces derniers mois le concours « carte blanche » qui lui a permis de recueillir soixante-dix contributions de petits et grands pour l’aider dans la redéfinition de la carte administrative de nos nouvelles grandes régions.

Elle nous invite également à dépasser l’horizon inébranlable de l’euclidien et propose de s’inspirer des pratiques artistiques pour se renouveler. Après tout, les artistes n’ont-ils pas été de tout temps de farouches résistants face aux envahisseurs ?

Créativité, expressivité et sensualité

Faire une carte de Cassini depuis son SIG, c’est possible avec les résultats du projet de recherche Mapstyle.

Appel entendu par Sidonie Christophe, du laboratoire COGIT de l’IGN, qui a présenté le projet MapStyle ou comment « s’abstraire de la réalité tout en la rendant saillante ! ». Les chercheurs auraient-ils trouvé le Graal permettant d’obtenir des cartes lisibles en s’inspirant de l’art ?

L’utilisateur y sélectionne plusieurs sources de données hétérogènes (des peintures notamment ou des cartes anciennes) afin d’en extraire des motifs et des styles qui généreront des textures vectorielles ou raster ainsi que des styles de lignes. Elle prend l’exemple d’une carte que MapStyle « aquarellera » avec un style Cassini dont l’outil aura rendu les tracés plus réalistes.

MapStyle, l’outil disponible en open-source sur le site associé, permettrait ainsi de rendre sensuelle n’importe quelle carte multi-échelles ! Reste à savoir si nos si jeunes élus seront sensibles à une telle expressivité étant en parallèle confrontés à des règlements d’urbanisme plutôt austères qui ont toutefois le mérite de limiter leurs dérives identitaires…

S’inspirer de la vie quotidienne ?

Un château au bord de l’eau, un service de l’État décomplexé, un outil open-source… une fois rentré à leur poste de travail, comment les cartographes peuvent-ils garder de la suite dans les idées ?

En 2017, l’ancestro-géo-néo-cartographe de tout bord trouvera sans aucun doute l’inspiration en écoutant de la bonne musique, en profitant de la vie et surtout en utilisant à bon escient sa carte électorale ! Car avant de réinventer la mappemonde, il semble important de se réinventer soi-même…

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