Cartographie collaborative… jusqu’où ?

| 18 septembre 2017

Catégorie: Cartographie, Décalagéo, Logiciels

Même si un projet comme OpenStreetMap a eu du mal à s’imposer, il fait désormais partie du paysage de l’information géographique, au même titre que les producteurs officiels de données, qu’ils soient publics ou privés. On sait prendre les précautions d’usage avec les contributions, d’ailleurs de plus en plus encadrées et généralement de bonne qualité, dont chacun apprécie les capacités de mobilisation. Comme il s’agit d’une description « objective » des éléments qui constituent notre environnement physique, il y a la possibilité de s’entendre.

Quand il s’agit de cartographier des éléments oubliés des bases de données officielles, moins tangibles mais faisant l’objet d’un certain consensus où fait-on deux bises ? Où dit-on chocolatine ?), là encore, pas de souci, ça passe crème (comme dirait ma fille). Et si les sujets sont polémiques (les témoignages de victimes de pollution, les parcours d’immigrants…), ces nouvelles cartes portent haut et fort des controverses qui sont le sel des démocraties.

Mais nous entrons désormais dans une nouvelle ère, où la carte collaborative sert de support à des « ressentis », à la fois hautement subjectifs et tout à fait importants au quotidien. Où ai-je envie d’aller boire un verre ? Où est-ce qu’on s’ennuie le dimanche ? où est-ce que je me sens en sécurité en rentrant le soir ? Attention, nous ne parlons plus de ces projets de recherche, entre art et sciences, qui essayent de décrypter nos rapports émotionnels à la ville, mais bien d’applications presse-bouton, façon Waze, où chacun peut qualifier des zones, des plus chouettes aux plus craignos, avec toutes les graduations possibles dans le dérapage cartographique. Il est encore trop tôt pour dire si ces applications vont permettre de comprendre les logiques spatiales et vont se réguler d’elles-mêmes ou si elles vont catalyser les discours les plus nauséabonds. Vont-elles permettre par exemple aux forces de l’ordre de capter un « sentiment d’insécurité » qu’elles cherchent toujours à mesurer ? Dans un monde où la carte EST le territoire, où elle fabrique de nouvelles pratiques spatiales, il est urgent d’observer ces évolutions.

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