Cher Monsieur Pepy

| 6 juillet 2018

Catégorie: Décalagéo, Entreprises, Mobilité, Réseaux/Transports

© corradobarattaphotos pour Gettyimages

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L’information vous a peut-être échappé, mais mardi 3 et mercredi 4 juillet, se sont tenues en la belle ville du Havre les premières GeoDataDays, journées nationales dédiées à l’information géographique, la cartographie numérique, la géolocalisation… bref, au croisement de tout ce qui est géo et numérique.

450 participants, venus de toute la France (Paris bien sûr, mais aussi Lille, Rennes, Strasbourg, Montpellier, Aix-en-Provence, Bordeaux, Toulouse, Angers…), des quatre coins de Normandie (Rouen, Évreux, Caen…), voire de plus loin (Genève, et même de Corse !). Une vraie petite communauté s’est ainsi déplacée pour rejoindre le Carré des Docks flambant neuf et bien accueillant. Une petite communauté de passionnés (dont certains travaillent d’ailleurs pour vos services), qui s’attachent à gérer le territoire, cartographier aussi bien des réseaux que les espèces en danger, mesurer le recul du trait de côte, anticiper des inondations ou l’évolution des besoins en transport en commun, qui imaginent et construisent les villes, les campagnes et les infrastructures de demain.

Tout ce petit monde (en tout cas, une bonne partie), comptait un peu sur vous pour profiter pleinement de ces deux jours de colloque, inscrits dans leurs calendriers depuis des mois, entre les cases « dossiers à boucler » et « vacances d’été ». Hé oui, ce sont de bons citoyens nos géomaticiens (c’est comme cela qu’ils s’appellent entre eux). Dès qu’ils peuvent, ils réduisent leur empreinte carbone en prenant le train. Nous devons bien vous l’avouer, nous avons tous eu un peu peur que les grèves « perlées » n’égrainent leur lot de contrariétés, mais bonne nouvelle, nous étions censés passer « entre les gouttes ». Alors baluchons remplis et serviettes bouclées… nous avons rejoint Le Havre.

Enfin… tentés de rejoindre Le Havre pour certains d’entre nous, les retards accumulés ayant généré quelques ratages de correspondances, et considérablement allongé les temps de parcours (Genève-Le Havre fut homérique semble-t-il). Mais bon, nous sommes des gens motivés, le programme était alléchant, on s’envoyait des textos pour partager nos galères. « Allez, encore un effort, on boira une bière à l’arrivée. »

Et la fête fut au rendez-vous ! Je parle en connaissance de cause, je coorganisais l’événement. Partages d’expériences, annonces stratégiques, démonstrations techniques, analyses prospectives, réflexions philosophiques… nos quelque quatre-vingts intervenants « ont assuré » comme disent les jeunes. D’ailleurs si le sujet vous intéresse vraiment (et il devrait), vous pouvez retrouver quelques messages sur twitter #GeoDataDays.

Mais le lendemain matin

Le temps de partir approchait en ce mercredi 4 juillet, chacun arrivait au centre de congrès avec son baluchon et sa serviette, trop remplie pour être bouclée désormais.

Et c’est là (grâce à un collègue journaliste qui avait tenté l’aller-retour dans la journée la veille), que nous avons découvert une pratique de la SNCF, jusque-là ignorée : le train fantôme !

Ici, point de cris ni de plongées vertigineuses, mais juste un train, dûment vendu sur le site de « Oui la SNCF vous emmène partout » mais qui n’existe tout simplement pas. Non, non, nous ne parlons pas de train annulé en dernière minute pour cause de grève ou autre ennui technique, mais bien d’un train qui n’a jamais roulé. Nous pouvons même vous donner son nom : il part du Havre à 17h52 tous les jours de la semaine et se nomme le « Trentéuntrente », un joli nom ma foi pour un Intercité.

Heureusement que notre ami Vincent avait pris le temps de passer à la gare, de discuter avec des vrais cheminots portant de vraies casquettes et de vraies moustaches qui lui avaient expliqué la situation, « Non, ils le vendent encore celui-là sur le site ? Mais ça fait des mois qu’il ne circule pas ! », car les outils de communication virtuels de votre grande maison sont restés, eux, totalement muets. Aucune notification sur nos nombreuses applications, même pas un petit texto pour nous dire de changer nos plans. Nous avons finalement trouvé un serveur vocal sur le site régional nous annonçant à 8h30 du matin, (je cite) : « en raison d’une arrivée tardive, le train Trentéuntrente de 17h54 du jeudi 4 juillet est annulé » No comment.

Il a fallu ensuite que nous prévenions tous les participants concernés et que nous prenions une douloureuse décision : finir le colloque à 16 heures au lieu de 17 heures, afin de permettre à plus de soixante personnes de rentrer chez elles… leur évitant la mauvaise surprise de chercher en vain leur train sur le tableau d’affichage et l’heure d’attente à la gare du Havre. Une bonne vingtaine d’intervenants ont dû raccourcir leurs présentations, le conseiller régional, président d’un grand établissement public (entre autres) qui devait faire des conclusions a du les garder pour lui, des questions n’ont pu être posées, la dernière gorgée de bière sur le quai de la gare ne fut jamais bue (certes, nos foies ne s’en portent pas plus mal). Vous l’aurez compris, Monsieur Pepy, vous nous avez un peu pourri notre beau colloque, et je tenais à vous le faire savoir !

Allez, on ne vous en veut pas, Monsieur Pepy, c’était une bonne blague et vous nous avez montré que les données, les applications et les systèmes d’information ne sont pas toujours assez connectés à la réalité. Les jumeaux numériques que nous construisons doivent être pris avec précautions quand ils nous servent à prendre nos décisions. Une belle leçon !

 

PS : Je vous écris ce billet sur le chemin du retour, le jeudi 5 juillet au matin, dans le train 6207 parti à 9h25 de Paris Gare de Lyon pour rejoindre Montpellier à 12h53… Mais après deux incidents de signalisation et un accident voyageur à Lyon (où nous ne passons pas), une voix m’annonce maintenant 40 minutes de retard ! Keep calm and write a letter ! Comme disent les Anglais.

PS2 : Pouvez-vous enlever le Trentéuntrente du site de la SNCF ? À moins qu’il ne se décide enfin à circuler les 16, 17, 18, 19 juillet… j’arrête là mes recherches.

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