Ouvreur de cartographie potentielle

| 15 février 2016

Catégorie: Cartographie, Grand public, Livres, Arts, Expos, Portraits

WEB-174-portrait-monsaingeon-cadreFondateur de l’Oucarpo, Guillaume Monsaingeon mène depuis longtemps une double, voire une triple vie. Entre philosophie, art contemporain et cartographie, il trouve encore le temps de courir les brocantes et les vide-greniers à la recherche de petits objets pour ses collections.

Dès qu’il a son agrégation de philosophie en poche, le jeune normalien décide qu’il ne sera pas enseignant. Également violoniste, Guillaume Monsaingeon hésite un temps à embrasser une carrière de musicien, mais renonce et enchaîne les petits boulots : dans l’édition chez Nathan, journaliste à Diapason, scribe pour André Rousselet lors de la création de Canal+… Un temps, il pense même devenir scénariste. Mais en 1987, il décroche enfin « un vrai travail », au Louvre, où il est chargé d’accompagner la création de l’auditorium.

Première rencontre avec un oxymore : les plans-reliefs

Bien décidé à comprendre et à penser la guerre avec rigueur, ce qui est « une nécessité pour comprendre notre culture », c’est presque naturellement qu’il se retrouve sous les combles des Invalides. Là, il découvre les plans-reliefs. Un véritable choc qui lui permet de rencontrer son futur complice Nicolas Faucherre avec qui il commence un premier livre pirate au moment où la collection doit être répartie entre Paris et Lille.

En 1991, après avoir mis en place une véritable politique culturelle autour de l’auditorium, son amour de l’Italie le pousse jusqu’à Rome. Il s’y installe avec femme et enfants et devient directeur du centre culturel français puis chargé de mission pour la Réunion des musées nationaux. « J’ai bénéficié d’une grande liberté » tient à rappeler Guillaume Monsaingeon. Sentant que l’aventure va se terminer, il accepte de prendre la direction de la fondation des Treilles dans le Var en 1997. Là encore, on lui laisse carte blanche… pour six mois. « On venait d’acheter un appartement à Marseille, les enfants avaient dû quitter leurs copains de Rome, on ne voulait pas repartir. Du coup, j’ai appelé le rectorat. »

Sur les traces de Vauban

Alors, celui qui avait juré de n’a pas enseigner se retrouve prof de philo en lycée technique et découvre… que ça lui plaît ! Dix-huit ans plus tard, il est toujours dans le même établissement où il enseigne la philosophie à des étudiants en classe préparatoire et en design. Une position qui lui a laissé le temps de développer ses autres vies. Sa passion pour les plans-reliefs l’amène à Vauban, sur lequel il publie deux livres. « Ce qui intéresse Vauban, c’est le territoire et l’espace. Il a également parfaitement compris l’intérêt de “numériser” le territoire ». Guillaume Monsaingeon est sollicité pour assurer le commissariat général de l’exposition du tricentenaire du maître des forteresses à Mont-Dauphin, véritable utopie urbanistique. « J’ai été fasciné par ce lieu, que j’ai montré à des copains artistes. En 2008, on y a monté une exposition de sculptures. » Au fil des années, l’art contemporain prend de plus en plus de place. Proche du directeur du MuCEM, participant aux commissions du FRAC (Fonds régional d’art contemporain), il organise plusieurs expositions autour de la cartographie. Citons Mappa Mundi à Toulon en 2013, Alpha, Beta, Carta au domaine de Rentilly, puis à la Vieille Charité à Marseille.

De la collection comme philosophie

Guillaume Monsaingeon est également un collectionneur : de globes, de modèles de la France utilisés à l’école, de cartes bien sûr, mais également de moules à glace, de ventilateurs, etc. « Je m’intéresse aux petits objets. Prenez un ventilateur. Seul, on ne le remarque même pas. Mais dès qu’il y en a plusieurs, il vibre par la proximité d’autres objets presque identiques. Comme le disait mon patron au Louvre, l’histoire de l’art commence à la deuxième image. Le comparatisme est essentiel. » Il en est de même avec la cartographie. « Nous avons tous une carte référence dans la tête, comme un surmoi cartographique, mais nous savons que c’est une illusion, que la carte n’a rien à faire avec la vérité. Elle n’est ni fausse, ni vraie, elle n’est pas sur ce registre. » Alors Guillaume Monsaingeon collectionne aussi les détournements cartographiques. « Je ne crois pas que l’engouement des artistes contemporains pour la cartographie relève de la mode. C’est quelque chose de plus fondamental, qui referme la longue parenthèse qui les a exclus de la carte depuis la Renaissance. » À l’heure où la carte officielle est remise en cause par des pratiques de cartographie participative, de contre-cartographie, il est naturel, à ses yeux, que les artistes, rebelles par nature, se soient emparés de la carte et du globe comme image de la globalisation.

 

Éléments bibliographiques

  • Les Plans en relief des places du Roy, avec Nicolas Faucherre et Antoine de Roux, édition Adam Biro, 1989, réédité en 2007
  • Les Voyages de Vauban, éditions Parenthèses, 2007
  • Vauban, un militaire très civil, éditions Scala, 2007
  • Mappamundi : art et cartographie, éditions Parenthèses, 2013
  • Villissima ! Des artistes et des villes, éditions Parenthèses, 2015

 

 

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