Un cartographe engagé

Catégorie: Cartographie, Formation, Grand public, Livres, Arts, Expos, Portraits, Recherche

Alors qu’il est venu à la géographie pour sa dimension scientifique, cet utilisateur de SIG devenu cartographe sait bien que les cartes ne sont jamais neutres. Il en a même fait des outils de combat et n’hésite pas à les mobiliser pour pointer les dysfonctionnements de notre société. Retour sur le parcours de Nicolas Lambert, « cartographe encarté » au Parti communiste et précieux empêcheur de cartographier en rond.

Nicolas Lambert ne s’en cache pas : « À l’école, je détestais la géographie ». Pourtant, sa première année à la fac de Maths le laisse insatisfait car la discipline n’est pas assez concrète. Il se réoriente vers la géographie, « la seule filière des sciences humaines et sociales avec une dimension scientifique ». À Paris VII, il découvre la climatologie, la géomorphologie, la statistique… et se laisse happer par la discipline, lui qui pensait plutôt devenir instituteur. Pour son mémoire de maîtrise, il s’intéresse aux variations de la végétation ligneuse dans les Alpes et prend plaisir à aller sur le terrain, à concilier son engagement écologique avec ses études. Il poursuit avec un DESS de télédétection à Paris VI qui l’emmène pendant trois mois au GDTA à Toulouse : « des moments passionnants, avec des gens très différents, certains en formation professionnelle. »

Nicolas Lambert donne régulièrement des cours de cartographie. Le manuel qu’il a coécrit avec Christine Zanin, la directrice de RIATE, renouvelle le genre avec force illustrations, paragraphes clairs et argumentaires synthétiques. À consommer sans modération pour se remettre les idées à l’endroit sur ce qu’est une carte aujourd’hui.

Premières années de « SIGiste »

Nous sommes en 2000. Pour l’aider à développer son module de traitement d’images Geoconcept fait appel à un stagiaire… qui restera deux ans. « J’étais au service avant-vente, je devais comprendre les besoins des clients, quelles étaient leurs données… c’était très intéressant et formateur ». Mais il doit quitter l’entreprise à la suite d’un plan social. L’occasion de chercher un poste dans la fonction publique territoriale. C’est au conseil général de Seine-Saint-Denis que Nicolas Lambert poursuit sa carrière professionnelle jusqu’en 2004, en enchaînant les contrats à durée déterminée. L’atelier géomatique de la Direction de l’aménagement et du développement fonctionne comme une sorte de bureau d’étude interne. Nicolas Lambert explore les nouvelles solutions ArcGIS pour le Web, en interaction avec les différents chargés d’études. Il commence à préparer les concours de la fonction publique territoriale et découvre un poste sur concours au CNRS… où il est pris.

De la géomatique à la cartographie

La carte des lieux d’enfermement des migrants en est à sa sixième édition. Elle montre que la frontière européenne est bien plus qu’une ligne, et devrait interpeller les politiques.

C’est ainsi qu’il entre en tant qu’ingénieur de recherche au RIATE, une unité mixte de service, créé deux ans plus tôt par Claude Grasland. La structure intervient en soutien à la recherche sur les questions d’aménagement et de cohésion des territoires européens. Point de contact français du programme européen ESPON, elle se dote progressivement de multiples compétences autour de l’analyse spatiale et de ses outils. Un point de chute de rêve pour Nicolas Lambert qui continue à explorer les outils SIG, les langages de programmation, avant de prendre progressivement conscience de l’importance de la carte. « Petit à petit, je me suis rendu compte que la carte était un moyen d’expression et de combat. » Dans le cadre de l’Atlas de l’Europe dans le monde de 2009, il rencontre Olivier Clochard, fondateur de l’association Migreurop, afin de réaliser une carte des morts aux frontières. Désormais, ses convictions politiques et son savoir-faire professionnel ne vont cesser de s’enrichir mutuellement. Il adhère à l’association dont il développe le pôle cartographique tout en continuant à soutenir de nombreux travaux de recherche, à explorer les nouvelles formes cartographiques et à déconstruire les discours autour des cartes. « Je ne suis pas un géomaticien, je construis des images qui servent à expliquer quelque chose, la technique n’est jamais neutre. Tout ce qui est unanime est dangereux ». Sur son site, Carnet NEOCARTOgraphique, il explique, démontre, démonte… cet objet à cheval entre science, art, géographie et politique qu’est la carte. Loin de l’illusoire neutralité scientifique, Nicolas Lambert développe des outils ouverts, notamment autour de R, qui doivent permettre à chacun de produire des cartes, de raisonner spatialement, en pleine conscience !

Utiliser les techniques les plus avancées pour montrer l’ampleur de l’hécatombe des migrants qui meurent en tentant de rejoindre l’Europe. Une carte parue dans le blog de Nicolas Lambert sur Mediapart.

 

 

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