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Géo-innover, vaste sujet

Catégorie: Données, Dossier : Voyage au pays des géo-innovations, Entreprises, Institutions, Marché, Recherche

WEB-176-illustration modifL’information géographique n’échappe pas à la tendance générale, il lui faut innover. Et chacun espère « sortir » l’application disruptive, qui changera la face du marché. En y regardant de près, le secteur a déjà subi une révolution et ne manque pas d’atouts pour nourrir celle qui se profile à l’horizon.

À la fois concept incontournable et notion équivoque, l’innovation est devenue le sujet phare pour tous les acteurs de l’information géographique. Que vous travailliez dans une start-up, une PME ou une grande entreprise, que vous animiez une cellule SIG dans une collectivité, un service de l’État ou une association… vous vous devez d’être innovant.

Pourquoi ? C’est que l’innovation est intimement liée aux technologies numériques, qui sont au cœur de bien des transformations actuelles de notre société. Même si l’innovation ne peut se réduire à ce champ, ce dernier nous abreuve de nouveautés à un rythme effréné. Qu’on pense simplement à tout ce que renferment nos téléphones portables ! Et parmi leurs nombreuses fonctions, la géolocalisation n’est pas la moindre ! Depuis l’arrivée de Google Maps et des autres géants d’Internet, le marché de l’information géographique a pris un sérieux coup de jeune !

Un booster nommé open data

L’information géographique est également concernée au premier chef par l’open data dont les conséquences sont aussi nombreuses que difficiles à mesurer. « L’open data est avant tout un outil qui favorise la convergence de différentes innovations, explique Simon Chignard qui anime le blog Données ouvertes. La partie émergée de l’iceberg, ce sont les développements directs d’entreprises innovantes. En France, on a quelques beaux exemples comme Commoprices qui exploite les statistiques du commerce extérieur pour aider les entreprises à exporter. Ou Énergie Perspective (EP) qui est passé de trois à quarante personnes, autre gros utilisateur d’open data pour fournir des conseils personnalisés de rénovation énergétique. » LKSpatialist, Karos ou Natural Solutions, que nous présentons dans les pages suivantes, sont très dépendants des données géographiques ouvertes. « Nous sommes l’exemple même de la valorisation des données open data en termes de richesse et de création d’emplois, se réjouit par exemple Lahouari Kaddouri de LKSPatialist. Toutes les données que nous utilisons sont ouvertes. » Mais ces beaux exemples ne sont possibles que parce que les producteurs apprennent progressivement à communiquer avec les réutilisateurs. Les premiers hackathons, concours et appels à idées ont permis aux collectivités, services publics et entreprises qui les ont organisés de communiquer sur leur démarche d’ouverture, voire de faire réaliser quelques prototypes. Aujourd’hui, la proposition est inversée : les développeurs y expriment concrètement leurs besoins, ils détectent les points bloquants dans les données déjà en ligne, et poussent vers plus d’ouverture. « Nous nous sommes par exemple rendu compte que nos données sur le trafic étaient rattachées à des identifiants du référentiel à grande échelle de l’IGN, peu utilisé par les développeurs, explique ainsi Marc Aparicio, responsable du service SIG et observatoire à Montpellier Métropole Méditerranée. Il a donc fallu introduire un nouvel identifiant afin de faciliter l’appariement avec d’autres bases de données. Idem pour la publication du SCOT que nous avons testé lors du challenge Big Data organisé avec BPIfrance. Les demandes d’une société comme LKSpatialist nous ont fait avancer. » Les hackathons permettent aux organisateurs de se confronter à la réalité des besoins du marché et aux participants de développer leurs réseaux. Mais ces derniers doivent faire attention à ne pas se perdre dans les multiples sollicitations dont ils sont l’objet. « Au début, on n’est personne, on n’a aucune visibilité. Les concours nous aident à rassurer les financeurs, les partenaires, les salariés… Le trophée de la croissance verte et bleue reçu des mains de Ségolène Royal et Le prix Damir Čemerin de l’ONU vont nous aider à crédibiliser notre offre à l’international », se défend Arnaud Brun de TENEVIA.

Mapillary, un système de navigation immersif basé sur des photos prises par des contributeurs deviendra-t-il le concurrent open data de StreetView ? L’adoption semble rapide.

Mapillary, un système de navigation immersif basé sur des photos prises par des contributeurs deviendra-t-il le concurrent open data de StreetView ? L’adoption semble rapide.

De nombreux champs encore à explorer

Les champs de l’innovation sont nombreux et tout n’est pas dans les mains des grandes entreprises américaines. « Nos outils doivent muter pour exploiter les données issues des capteurs, le big data » anticipe Marc Aparicio. Une analyse que partage Amaël Grivel, directeur général de Business Geografic : « L’information géographique va se développer en lien avec la multiplication des objets connectés. C’est une véritable révolution car la carte va devenir un média pour gérer cette masse de données. » Le secteur doit du coup évoluer en matière de stockage de données et de nature des interfaces homme/machine « capitales dès qu’on entre dans l’aide à la décision ». Cette multiplication des capteurs amène aussi à l’analyse prédictive, un autre champ majeur de recherche pour Thierry Peuzin, directeur R&D chez Business Geografic. « Le développement du véhicule autonome, l’internet des objets, les drones, le collaboratif… renchérit Claude Pénicand de l’IGN. Tous ces éléments, vont radicalement changer notre façon d’appréhender le territoire et de collecter de l’information. » Il y aura de la géomatique à l’intérieur de nombreuses innovations, « mais une telle approche implique une véritable maîtrise des données, rappelle Marc Aparicio, ce qui passe par des processus très classiques de contrôle qualité, de fiabilité de service, de garantie de mise à jour, de contrôles croisés, etc. ». Or, ce sont des sujets peu valorisés dans les collectivités. Les traiter implique une gouvernance claire des données, une souveraineté assumée.

Innover, c’est aussi une culture d’entreprise

Fondée en 2001, Business Geografic n’est plus exactement une jeune pousse. C’est pourtant un bon exemple d’entreprise qui met tout en œuvre pour maintenir un haut niveau d’innovation. Son produit phare, Aigle, est né des travaux de recherche menés dans le cadre d’une thèse. L’entreprise continue à accueillir régulièrement des thésards en contrat CIFRE, ce qui lui a permis d’avancer sur certaines briques logicielles (gestion de gros volumes de données, bases de l’analyse prédictive dans Équitée…). Elle vient également d’être sélectionnée dans le cadre du nouveau programme européen à destination des PME, EUROSTARS (cadre Horizon 2020), ce qui va l’aider à développer une solution de business intelligence (géo-décisionnel) à destination des PME, baptisée GeoKey. Monter ce genre de projet prend du temps (environ deux mois homme de travail répartis sur six mois) et demande de réelles compétences. « Comme il s’agissait d’un nouveau dispositif, nous n’avions aucune idée des chances de succès, se souvient Amaël Grivel. Nous avons posé notre candidature avec l’aide du consultant qui nous avait présenté le dispositif, qui nous a bien accompagnés. L’intérêt est qu’il ne se fait payer que si le projet est retenu. » Les dirigeants sont également très présents dans les réseaux d’entrepreneurs régionaux, essentiels pour monter des partenariats, se soutenir, se faire connaître.

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Chez Business Geografic, des séances de cogitation collective, sortes de hackathons internes, sont régulièrement organisées pour favoriser les idées nouvelles.

Chez Business Geografic, des séances de cogitation collective, sortes de hackathons internes, sont régulièrement organisées pour favoriser les idées nouvelles.

Un monde de soutiens

L’innovation et ses soutiens expliqués par BPIfrance.

L’innovation et ses soutiens expliqués par BPIfrance.

Les dispositifs d’aide à l’innovation sont nombreux. Outre les réseaux d’entreprises, les pouvoirs publics jouent un rôle non négligeable mais parfois complexe à s’approprier, comme le montre l’expérience de Business Geografic. L’Europe, la France, les régions mais aussi les métropoles ont toutes leurs programmes de soutien, menés en partenariat plus ou moins étroit avec le monde de la recherche. Ils s’appellent pôles de compétitivité, Horizon 2020 (alias H2020), crédit impôt recherche, BPIfrance, sociétés d’accélération du transfert de technologies (SATT), Booster Nova, incubateurs publics ou French Tech… Tous ont pour mission de faciliter la naissance et le développement d’entreprises ou de produits à caractère innovant, au nom de l’emploi et de la compétition internationale. Certains sont centrés sur le financement, d’autres sur la formalisation de projets, d’autres enfin sur la communication et la mise en réseau. À Lyon métropole, les systèmes d’information sont désormais rattachés à la direction du « développement économique, de l’emploi et des savoirs », un signe qui ne trompe pas. « Il y a dix ans, on considérait les entreprises comme des sous-traitants, aujourd’hui, elles sont souvent vues comme des utilisateurs de ce que nous produisons. C’est déjà un grand pas », se félicite Marc Aparicio.

 

– Pour accéder au billet de Simon Chignard « Un hackathon sinon rien ? » suivez ce lien

– Quinze ans de politiques d’innovation en France sous ce lien

Entreprise
Dassault Systèmes : l’innovation comme métier
« Ce que nous vendons, c’est la possibilité d’innover, de tout essayer, de tout tenter à coût zéro » résume Frédéric Dot, en charge du développement de la ville durable chez Dassault Systèmes. Que de chemin parcouru depuis la création de l’entreprise il y a plus de trente ans, entièrement tournée vers la conception aéronautique ! Désormais, son concept de plateforme 3DEXPERIENCE s’applique à toutes sortes de thématiques : de la mode à la ville intelligente, en passant par la conception de bateaux ou de jouets pour les chocolats Kinder. Elle permet de créer des « produits » virtuels, qu’ils fassent quelques millimètres d’épaisseur ou représentent des villes entières, en interaction avec leur environnement, intégrant de multiples contraintes et comportements.

L’une des dernières campagnes de publicité de Dassault Systèmes, qui mise sur la 3D au service de l’innovation, voire de la réalisation de rêve un peu fou ! (© Dassault Systèmes)

L’une des dernières campagnes de publicité de Dassault Systèmes, qui mise sur la 3D au service de l’innovation, voire de la réalisation de rêve un peu fou ! (© Dassault Systèmes)

Pour évoluer de la sorte, Catia, modeleur 3D et autrefois logiciel phare de l’entreprise s’est étoffé et simplifié à la fois. Mais l’entreprise a également misé sur la croissance externe en rachetant différentes briques technologiques et des savoir-faire métier spécifiques, comme ce fut le cas autour des maquettes urbaines avec l’intégration en 2013 d’Archividéo. « Nous nous sommes vraiment lancés dans l’innovation il y a cinq ans, rappelle Frédéric Dot. Nous avons divisé nos marchés en douze secteurs tels que mobilité, architecture, etc., puis nous avons monté des équipes stratégiques pour développer l’innovation dans chaque secteur. » Le réseau social de l’entreprise est mobilisé pour recueillir les bonnes idées, tout comme les clients. L’an dernier, Dassault Systèmes a également lancé 3DEXPERIENCE Lab, à la fois laboratoire dédié à l’innovation ouverte et accélérateur de start-up.

 

 

La géomatique, outil d’aide à l’innovation territoriale ?
La géomatique peut également se mettre au service d’innovations qui ne passent pas forcément par de nouvelles applications ou des logiciels clés en main. Ainsi, le développement des analyses du cycle de vie (ACV) sur les problématiques territoriales ne peut s’envisager sans un appel de plus en plus large aux bases de données et au raisonnement géographique. Développées initialement pour évaluer les impacts environnementaux des produits industriels et commerciaux (que coûte réellement la production d’un kilo de sucre ?), les ACV commencent à être appliquées à des problématiques de plus en plus territoriales (où installer une station de pompage ? où placer une scierie au-delà des seules contraintes économiques ?) voire au territoire entier, en tant que fournisseur d’un ensemble de services, tels que logements, déplacements, culture… « Dans les ACV, on regarde différents types d’impacts répartis en une demi-douzaine de catégories, explique Véronique Bellon du laboratoire ELSA-PACT de l’IRSTEA, certains impacts ne sont pas dépendants de la géographie comme les émissions de CO2, mais d’autres, comme les nitrates, sont très localisés. Pomper un mètre cube d’eau dans un massif montagneux ou dans la Guadalquivir n’a pas les mêmes conséquences. » Ainsi, petit à petit, les SIG font leur apparition dans ce type d’études et permettent une meilleure régionalisation des impacts. Mais se pose alors la question des données à intégrer dans les analyses, car les questions géographiques se posent à plusieurs échelles : planétaire, continentale et locale. Et pour choisir entre plusieurs scénarios, il va falloir jongler entre différents indicateurs, ce qui va impliquer des pondérations parfois difficiles à justifier.

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